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La ripisylve

01 MARS 2021

Dans la succession des formations végétales liées à la rivière, qui se développent depuis le milieu aquatique vers le milieu terrestre, on rencontre :

  • les hydrophytes (dans l’eau) : plantes de pleine eau, submergées en tout ou en partie, ou flottantes (par exemple : le potamot, la callitriche, la renoncule aquatique, la lentille d’eau, etc.) ;
  • les hélophytes (au pied de la berge) : plantes semi-aquatiques, amphibies, dont l’appareil végétatif et reproducteur est totalement aérien et dont les racines ou rhizomes se développent dans la vase ou dans une terre gorgée d’eau (par exemple : l’iris jaune des marais, la sagittaire, les roseaux, les carex, les joncs, etc.).
  • la ripisylve : écosystème forestier qui se développe sur les rives des cours d’eau.
    Nous vous proposons de découvrir ici ce qu’est précisément la ripisylve et son importance pour l’écosystème rivière …

Ripisylve 1Qu’est-ce qu’une ripisylve ?
Le mot « ripisylve » vient de « ripa » (qui signifie rive) et de « sylva » (qui veut dire forêt).
La ripisylve, ou forêt rivulaire, est une formation végétale ligneuse et herbacée qui se développe sur les berges des cours d’eau et qui assure la transition entre le milieu aquatique et terrestre. C’est un ensemble très diversifié et riche du point de vue biologique. Elle peut former un liseré étroit ou un corridor très large : elle peut parfois atteindre une dizaine de mètres de large.

Les végétaux de la ripisylve
La ripisylve est composée de différentes strates végétales (herbacée, arbustive et arborescente), dont la combinaison et l’équilibre assurent les nombreuses fonctions exposées ci-dessous. En ce qui concerne les arbres, on y rencontre principalement l’aulne glutineux, différents saules, le frêne commun, mais aussi différents érables. La strate arbustive se compose quant à elle de cornouiller sanguin, sureau noir, sureau hièble, noisetier, de différents saules buissonnants, etc. Dans la strate herbacée, on peut observer l’eupatoire chanvrine, la reine-des-prés, la salicaire, l’angélique, le populage des marais, de nombreuses graminées, etc.
Il est à souligner que, parmi les espèces rencontrées, il peut y avoir des plantes invasives (= exotiques envahissantes) comme les renouées asiatiques, la berce du Caucase, la balsamine de l’Himalaya ou le buddleia de David. En remplaçant et en empêchant les espèces indigènes constitutives de ces strates de se développer, ces invasives causent une forte baisse de la biodiversité essentielle aux nombreuses fonctions de la ripisylve. Notamment, leurs caractéristiques (structure de la plante, cycle de vie, etc.) ne leur permettent pas participer au bon maintien des berges.

De multiples fonctions…
La ripisylve est indispensable au bon fonctionnement de la rivière. Sans elle, cet écosystème ne serait pas en équilibre. Parmi ses nombreux rôles, on retrouve :

1. La stabilité des berges et leur protection contre l’érosion
Grâce à leur système racinaire dense et profond, les arbres et arbustes qui composent la ripisylve assurent la stabilité des berges et les protègent contre l’érosion lors de fortes crues. Ce sont la diversité des types végétaux et des espèces et les entrelacs racinaires qui rendent les berges résistantes : en effet, des arbres isolés et hauts risquent d’être déchaussés par le courant, tandis que des berges couvertes uniquement d’herbacées peuvent se creuser par en-dessous et ainsi glisser par pans entiers…
Par ailleurs, la végétation qui compose la ripisylve offre des « obstacles » à la rivière et ainsi dissipe la force du courant, limitant l’érosion excessive des berges (les forces engendrées par la rivière sont en équilibre permanent : s’il n’y avait pas cette dissipation, elle serait reportée ailleurs). Pendant les crues, les végétaux freinent l’eau, brisent le courant et protègent ainsi les berges aval d’une érosion trop forte.
De plus, les arbres favorisent l’infiltration de l’eau dans le sol, ce qui a pour conséquence de diminuer la quantité d’eau de ruissellement qui occasionne l’érosion des sols.
Toutes les essences d’arbres ne sont pas adaptées à ce milieu. Par exemple, le peuplier est à éviter en bordure de cours d’eau, car il a tendance à développer ses racines plutôt en surface et risque alors d’être rapidement déstabilisé par la rivière, contrairement au saule, à l’aulne ou au frêne, qui ont un enracinement en profondeur.

Ripisylve 22. L’épuration des eaux
Les végétaux, le sol et les microorganismes de la ripisylve constituent un filtre naturel pour la pollution qui arrive à la rivière. En effet, les nitrates, phosphates et molécules phytosanitaires des terres agricoles sont fixés par les plantes et par le sol ou sont dégradés par les microorganismes du sol, ce qui évite ainsi un transfert direct dans la rivière. La ripisylve constitue donc une zone tampon pour la rivière.
Les végétaux de la ripisylve pompent également les polluants organiques directement dans la rivière et participent ainsi à l’autoépuration naturelle de celle-ci.

3. L’ombrage des eaux
L’ombre apportée par la ripisylve sur la rivière permet de limiter l’augmentation de la température de l’eau en été. De plus, en cas d’eutrophisation de la rivière (eau trop riche en nutriments – azote et phosphore), cette ombre permet de limiter le développement excessif des végétaux aquatiques (et donc l’asphyxie de l’écosystème aquatique) en entravant leur photosynthèse.

4. La transition entre deux écosystèmes
La ripisylve représente un « écotone » (c’est-à-dire une zone de transition entre deux écosystèmes) : elle assure la transition entre les milieux terrestres et les milieux aquatiques. Cette zone d’échange entre les deux milieux est aussi nommée « corridor écologique » et permet le déplacement d’oiseaux, de nombreux amphibiens, d’insectes ou encore de mammifères.

5. Le refuge, le nourrissage et le repos pour de nombreuses espèces
La ripisylve est essentielle au cycle de vie de nombreuses espèces végétales et animales, aquatiques et terrestres. Elle constitue une zone de vie, de repos, de refuge, de nourrissage, de reproduction et de ponte pour celles-ci. Elle permet également de les protéger contre le soleil en leur apportant de l’ombre, de les protéger contre le froid en freinant le vent.
Dans notre environnement, c’est une des zones les plus riches et qui abritent le plus d’espèces ; la diversité biologique y est maximale.
Par ailleurs, la ripisylve est une source importante de production de matière organique : feuilles mortes, bois, … Les microorganismes de décomposition présents dans le sol fabriquent un humus riche, qui permet le développement de tout l’écosystème.

6. La régulation du microclimat
Grâce à leur effet brise-vent et à l’apport d’ombrage, les arbres de la ripisylve diminuent les écarts de température du milieu, qui ont des effets défavorables pour les cultures dont le sol est sensible à l’érosion éolienne. Cette protection permet également de maintenir une certaine humidité dans le sol, ce qui permet une économie d’eau et une meilleure utilisation de l’eau dans les régions qui en ont besoin.

7. Un rôle paysager
L’ensemble de la formation végétale qui constitue la ripisylve joue un rôle paysager important, qui augmente l’intérêt des touristes. C’est un pôle attractif pour les loisirs.

8. Un rôle économique
La ripisylve joue aussi un certain rôle économique : en effet, les arbres poussant en bordure de cours d’eau sur sol riche permettent d’obtenir une production de bois d’œuvre de qualité (chêne, frêne, érable, …) et de bois de chauffage.

La ripisylve a donc des fonctions essentielles ; c’est pourquoi une attention toute particulière doit être portée à sa préservation et à sa restauration.

Source :
• « La rivière, milieu vivant » - Gisèle Verniers (Groupe Interuniversitaire de Recherches en Écologie Appliquée), Service Public de Wallonie, 2009
• « Arbres et eaux, rôle des arbres champêtres » Solagro, An Taisce, Fondo patrimonio natural europeo, 2000.
• « La ripisylve, intérêts et particularités, travaux, gestion » - Olivier Collette, Thomas Davreux, Christophe Bauffe, David Dancart, Simon-Pierre Dumont, Silva Belgica, 2018.

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Le raton laveur - Der Waschbär

25 FéVRIER 2021

Le raton laveur : progression et impact d’une espèce exotique en Wallonie

 

Der Waschbär: ein Exot auf dem Vormarsch in der Wallonie

Le raton laveur (Procyon lotor, d’après l’étoile Procyon qui renvoie à ses mœurs nocturnes, et lotor « laveur » qui interprète la plongée dans l’eau des aliments avant de les consommer) est un mammifère omnivore originaire d’Amérique du Nord. Il a été introduit en Allemagne et en Russie pendant le siècle passé, dans des élevages pour la production de fourrure, mais aussi comme nouvelle espèce de chasse. Il semble que la population actuelle de Belgique proviendrait de plusieurs lâchers de ratons laveurs dans la région de Kassel (Hesse) en 1934, et cela à des fins de « diversification de la faune locale ».Raton laveur

Folder « Espèces invasives en Wallonie - Les mammifères non indigènes rencontrés à la chasse » - SPW Editions

En Belgique, les observations sporadiques se sont intensifiées depuis 2005 dans plusieurs bassins versants du sud du pays, avec une progression nette de la frontière allemande vers l’ouest de la Wallonie. Par sa situation géographique et par ses habitats favorables (vergers, forêts), le bassin versant de la Vesdre figure donc parmi les espaces qui ont été colonisés en premier lieu par cette espèce exotique invasive (voir carte).

Le nombre de ratons laveurs installés actuellement en Wallonie est inconnu, mais le relevé de pièges installés récemment dans le cadre de la lutte contre la peste porcine africaine en Gaume montre que cet animal est très présent dans nos forêts. L’espèce se reproduit chez nous une fois par an, à raison de 3-4 ratonneaux par portée. La colonisation est donc rapide, jusqu’à s’étendre aux milieux ruraux et urbains. En Allemagne, la population de ratons laveurs est entretemps estimée à 1,3 millions d’individus (2018) au départ de quelques individus lâchés ou échappés d’élevages en 1934 et 1944.

Excellent grimpeur et bon nageur, très opportuniste, le raton laveur est un ramasseur-cueilleur des animaux et végétaux les plus abondants dans son environnement (insectes, escargots, amphibiens, écrevisses, maïs, fruits, restes d’aliments humains, …). La prédation du raton-laveur sur ce type d’animaux a généralement un impact faible à nul au niveau de la population de proies. La nature opportuniste du raton-laveur liée à ses capacités physiques lui confèrent l’avantage de pouvoir prospecter des milieux variés (arbres, rivières, îlots, carrières) où sa prédation peut affecter certaines espèces sensibles, surtout si la densité de population du raton-laveur est élevée dans ce milieu. En Wallonie, la prédation de ce carnivore pourrait potentiellement constituer un risque pour certaines populations d’espèces comme les moules d’eau douce en eau peu profonde (moule perlière, mulette épaisse…), l’écrevisse à pattes rouges, certains amphibiens menacés, certaines couvées ou nichées d’oiseaux rares ou vivant dans des habitats spécifiques (tétras lyre, faucon pélerin, hibou grand-duc, cigogne noire, cincle plongeur, hirondelle de rivage, …). Les gestionnaires doivent alors trouver localement des solutions permettant véritablement d’empêcher ou de limiter la prédation par l’habile raton laveur, et combiner la mise en place de barrières physiques à de la capture d’individus pour réduire, en parallèle, la population de cette espèce (LAMBINET et SCHOCKERT, 2020).

Le raton laveur apprécie les fruits sucrés et les céréales ; il peut donc avoir un impact sur les vergers et, ponctuellement, sur les cultures. Son opportunisme le fait cohabiter avec l’homme et ses déchets. Il peut aussi trouver refuge dans les toits des habitations ou des bâtiments annexes, et y causer des dérangements et dégâts. Ne pas essayer d’apprivoiser cet animal sauvage par des nourrissages reste donc la règle d’or : pour éviter les nuisances et pour ne pas donner un coup de pouce supplémentaire à cette espèce animale invasive.

Sources : LAMBINET C. et SCHOCKERT V., Université de Liège, 2020 - fiche « grand public » sous presse pour le SPW; www.tagesspiegel.de du 28/12/2018, www.suddeutsche.de du 17/01/2019.

  

Der Waschbär (wissenschaftlicher Name Procyon lotor nach dem Stern Procyon, der auf sein nächtliches Verhalten hinweist und lotor « Wäscher » in Bezug auf seine Angewohnheit, Futter vor dem Fressen ins Wasser zu tunken) ist ein allesfressendes Säugetier aus dem nordamerikanischen Raum. Er wurde während des letzten Jahrhunderts in Deutschland und Russland zu Zuchtzwecken als Pelztier eingeführt. Anscheinend stammt die belgische Population von Waschbären aus mehreren Auswilderungen bei Kassel (Hessen) im Jahre 1934. Die Auswilderungen fanden demnach aus jagdlichen Gründen statt um „die heimische Fauna zu bereichern“.

In Belgien haben die anfangs gelegentlichen Sichtungen des Waschbärs seit 2005 stark zugenommen. Diese Zunahme betrifft vor allem die Flussnetze im Süden des Landes von der deutschen Grenze aus zum westlichen Teil der Wallonie. Das Weserbecken gehörte wegen seiner geografischen Lage und seiner günstigen Lebensräume (Obstwiesen, Heckenlandschaften, Wälder) zu den ersten Siedlungsgebieten dieser nichtheimischen, invasiven Tierart in Belgien (siehe Karte).

Die Anzahl Waschbären in der Wallonie ist unbekannt. Die Belegung der Fallen, die im Rahmen der Bekämpfung der afrikanischen Schweinepest in der Gaume/Südbelgien aufgestellt wurden, weist jedoch auf eine starke Präsenz des Waschbärs in unseren Wäldern hin. Das auch als « Schupp » bezeichnete Tier pflanzt sich bei uns einmal jährlich mit 3-4 Jungtieren fort - dementsprechend hoch ist die Besiedlungsrate ländlicher und städtischer Gebiete. Zur illustration : zwischen 1934 und 1944 wurden in Deutschland einige Tiere ausgewildert oder entkamen aus Pelzzuchten. Mittlerweile (2018) wird der deutsche Bestand auf 1,3 Millionen Waschbären geschätzt!
Raton laveur carte

Source : SPW/DEMNA/CiEi, 2017

Der Waschbär ist ein guter Kletterer und Schwimmer und ein geborener Opportunist, der in seinem Umfeld die häufigsten Tiere und Pflanzen aufsammelt (Insekten, Schnecken, Amphibien, Flusskrebse, Mais, Obst, Lebensmittelabfälle, usw.). Die Entnahme dieser Beutetiere hat im Allgemeinen wenig Einfluss auf deren Bestand. Seine körperlichen Fähigkeiten und sein Anpassungsvermögen verleihen dem Waschbären jedoch die Möglichkeit, verschiedenstartige Lebensräume und Nischen nach Nahrung zu durchsuchen (Baumkronen, Flüsse, Flussinseln, Steinbrüche). In solchen Nischen können gefährdete oder seltenere Tierarten Schaden nehmen, insbesondere bei einer großen Anzahl Waschbären. So kann dieser Fleischfresser bei uns gefährlich werden für seltene Arten wie Seichtwassermuscheln (Flussperlmuschel, Bachmuschel), den europäischen Flusskrebs, oder geschützte Amphibien. Die Nistgelege bedrohter oder sehr ortsspezifischer Vogelarten (Birkhuhn, Wanderfalke, Uhu, Schwarzstorch, Wasseramsel, Uferschwalbe, …) sind ebenfalls gefährdet. In solchen Fällen muss der Wald- oder Naturbewirtschafter lokal Vorkehrungen treffen, um den Beutezugriff des wendigen Waschbären einzuschränken oder gar ganz zu verhindern. Das kann durch unüberwindbare Hindernisse oder Fallen geschehen, die dann auch den Waschbärbestand verringern (LAMBINET et SCHOCKERT, 2020).

Der Waschbär liebt süße Früchte und Getreide. Er kann also lokal einen negativen Einfluss auf Obstgärten und Felder haben. Als Opportunist kann er auch mit Menschen und ihren Abfällen zusammenleben und unter Dächern und in Scheunen Zuflucht finden, wo er Schaden anrichtet oder einfach stört. Diese Tierart sollte also keineswegs an Menschen gewöhnt oder gefüttert werden – schließlich sollte einer invasiven Tierart im oben beschriebenem Rahmen nicht zusätzlich Hilfe geleistet werden.

Quellenangaben : LAMBINET C. und SCHOCKERT V., Université de Liège, 2020 - Fiche « grand public », im Druck für SPW; www.tagesspiegel.de vom 28.12.2018, www.suddeutsche.de vom 17.01.2019.

 

spw env fr

Yves PIEPER
Département Nature et Forêts, Cantonnement de Verviers
Abteilung Natur und Forsten, Forstamt Verviers

 

 

 

 

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L’anguille européenne

23 FéVRIER 2021

Bilan de quatre années de suivi de l’anguille européenne, repeuplée dans une diversité typologique des cours d’eau du bassin hydrographique de la Meuse belge en Wallonie.

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L’anguille européenne Anguilla anguilla est une espèce en danger critique d’extinction et figure sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature aux niveaux mondial et européen. En Wallonie, l’état de conservation de l’espèce est très mauvais. Les peuplements locaux d’anguille sont réduits à la présence de quelques spécimens âgés, qui sont sur le point d’entamer leur dévalaison de reproduction en mer des Sargasses. Les stocks d’anguilles jaunes sauvages qui remontent la Meuse belge depuis la mer du Nord en passant par la Meuse néerlandaise se sont effondrés de 99% en 29 ans de monitoring intensif des échelles à poissons de Lixhe, située à Visé à >340 km de la Mer du Nord. Les stocks remontants d’anguille sont devenus insuffisants pour coloniser l’ensemble du réseau hydrographique de la Meuse belge en Wallonie. Dans de telles conditions, le seul espoir pour reconstituer les stocks altérés d’anguille et pour conserver l’espèce reste le recours à la pratique du repeuplement des cours d’eau avec des civelles (jeunes stades de vie de l’anguille) importées. Mais l’état actuel des connaissances montre une nécessité urgente d’études scientifiques pour optimiser cette pratique. De 2013 à ce jour, des repeuplements à des fins scientifiques cofinancés par l’Europe (le FEAMP) et la Wallonie (le SPW) sont entrepris par le Laboratoire de Démographie des Poissons et d’Hydroécologie (LDPH- Équipe du Prof. Michaël Ovidio) de l’Université de Liège (suivi scientifique du projet par le Dr. Billy Nzau Matondo). L’objectif poursuivi est d’optimiser la pratique du repeuplement pour un recrutement maximal de jeunes anguilles dans les cours d’eau wallons au recrutement naturel déficitaire.

Les premiers essais de repeuplements ont été réalisés en 2013 sur des modèles écologiques de type ruisseau avec 1 seul point de déversement. Ils ont permis l’acquisition de connaissances fines sur le profil comportemental de colonisation des jeunes anguilles, la densité restaurée de peuplements, les caractéristiques de l’habitat optimal le plus productif et le patron de dispersion pour identifier les distances de déversement en mode multi sites intra rivière. Lors des repeuplements réalisés en 2017, ces acquis scientifiques ont été transposés sur des modèles écologiques de type rivière de plus grandes dimensions, avec dispersion des civelles dans le milieu en plusieurs sites de déversement (densité 2,4 kg/ha). Le 21 mars 2017, n = 76 370 civelles (17,3 kg) de très bon état physiologique et sanitaire ont été déversées dans 6 cours d’eau wallons (au total : linéaire aleviné = 9,2 km, sites alevinés = 43) de bonne capacité d’accueil et différents sur les plans de variables abiotiques et biotiques. Ces cours d’eau comprennent la Berwinne, la Gueule, le Wayai, la Hoëgne, le Winamplanche et l’Oxhe. De 2017 à 2020, quatre campagnes d’évaluation de l’efficacité du repeuplement ont été réalisées moyennant l’utilisation des pêches électriques automnales de capture (Fig. 1A & B) d’anguilles 0+, 1+, 2+ et 3+ correspondant respectivement aux âges de première, deuxième, troisième et quatrième année de vie en eau douce après le repeuplement de 6 rivières (au total, linéaire pêché = 7,8 km, sites pêchés = 20, nombre de pêche par site = 1-4).

En quatre années d’études, n = 1 458 individus (biomasse 38,4 kg) issus du repeuplement ont été capturés dans les 6 rivières. Le succès de capture variait entre les cours d’eau et au sein d’un même cours d’eau entre les secteurs recensés (Fig. 1C). La densité restaurée de peuplement était différente entre les secteurs et se situait entre 1 et 13 individus aux 100 m² mais avec absence d’anguilles sur 2 secteurs (5-Hoëgne et 3-Winamplanche). Dans tous les cours d’eau alevinés, les anguilles grandissent en taille avec des performances de croissance très différentes entre les rivières (Fig. 1D). Les anguilles du repeuplement ont été capables de vivre en sympatrique avec une faune aquatique très diversifiée composée de 20 espèces, dont certaines espèces constituent des potentiels prédateurs nuisibles à la survie de jeunes anguilles (Fig. 1E). Les résultats très contrastés de rendements observés entre les secteurs/rivières seraient attribués à la différence typologique entre les habitats d’un point de vue hydromorphologique, physicochimique, ressource trophique et densité d’espèces prédatrices. L’anguille a été trouvée dans toutes les rivières alevinées, démontrant l’adaptation et la tolérance de l’espèce aux conditions environnementales très variées, et confirmant ainsi le caractère ubiquiste et euryèce de l’espèce. Dans notre étude, l’habitat optimal pour l’anguille est associé à celui de la biomasse maximale, qui est bel et bien celui décrit sur le secteur 2-Berwinne, le secteur Val Dieu, lequel serait idéal pour des opérations de repeuplements. Cet habitat est caractérisé par une succession de types très diversifiés de faciès d’écoulement, une abondance élevée de bons abris/refuges, un milieu eutrophe avec une eau au pH légèrement alcalin et une ichthyofaune composée de très peu d’espèces prédatrices. L’absence d’anguilles sur les secteurs 5-Hoëgne et 3-Winamplache, qui sont 2 rivières acides, serait surtout liée à la très mauvaise qualité d’abris.

Aux regards du réseau hydrographique très dense en Wallonie, du mauvais état de conservation de l’espèce en son sein et du succès actuel de recrutement des anguilles après le repeuplement, on peut affirmer que la pratique du repeuplement a un bel avenir, pourvu qu’elle soit réalisée dans les règles de l’art. Le LDPH remercie toute l’équipe du Contrat Rivière Vesdre, représentée par sa coordinatrice F. HAUREGARD, pour sa participation active aux campagnes de pêche électrique.

Logo LDPH 

Dr. Billy Nzau Matondo
Université de Liège
UR FOCUS
Laboratoire de Démographie des Poissons et d’Hydroécologie (Prof. M. Ovidio)

 

Avec le soutien de

wallonie ok ProvincedeLiege
Et des Villes et Communes de Baelen, Chaudfontaine, Eupen, Herve, Jalhay, Liège, Limbourg, Lontzen, Olne, Pepinster, Raeren, Soumagne, Spa, Sprimont, Theux, Trooz, Verviers et Welkenraedt.

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