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La Vesdre autrefois... : Chênée

on 20 mai 2020.

En Lhonneux

   Chênée vieux pont bief Lhonneux 1901
  Chênée paysage
  Chênée paysage 2
  Chênée pont Lhonneux avant construction quai

"Juché sur ses échasses, un pont de bois enjambait la rivière en face de la rue du Gué. C'était le pont Desoleil, qu'il fallait passer pour se rendre par le plus court en Lhonneux. Il en coûtait deux centimes au piéton, trois centimes au charroi.

Touchait le droit de passage, un préposé à la barbe fleurie, paterne mais digne sous sa casquette de marinier d'eau douce et qui s'abritait dans une étroite guérite. Ce vénérable assemblage d'étais et d'ais avait succédé à un antique passage d'eau. C'est à l'expiration de la concession Desoleil, en 1896, que le pont métallique prit sa place, sans prévoir quel rôle héroïque lui serait un jour dévolu dans la seconde guerre mondiale.

Le promeneur qui se recueille superpose sur les éléments du paysage, des souvenirs qui restituent le décor depuis un demi-siècle effacé ou altéré.

Voici la rivière et le bief qui s'en détache, sans doute ; et la cadre des collines onduleuses au flanc desquelles ahane un train qu'on devine plutôt qu'on ne le voit. Mais cette longue bâtisse aux murs nus, où hommes et machines assouplissent dans le vacarme de la matière, pendant que se durcissent les corps, et parfois aussi, hélas! les âmes, cette usine cache à jamais la belle prame qui luirait aujourd'hui de vert intense et de la bigarrure des bestiaux.

Et les ormes géants qui portaient si haut leurs cimes sur ce coin rustique et dont le petit bief faisait onduler le mirage des frondaisons, où sont ces arbres?

Où ce ponceau minuscule de vieilles pierres, en dos d'âne, un peu étroit et, s'il faut l'avouer, assez incommode?

Plus loin, alors comme aujourd'hui, le cours d'eau soudain silencieux disparaissait dans une allée d'épais feuillages aux trous d'ombre.

En ce temps-là, s'il faut en croire les très vieux, le poisson foisonnait, Au retour des journées de douze heures, en belle saison, les manouvriers y prélevaient sans grand-peine, par des procédés interdits, de quoi faire une friture qu'ils emportaient dans leurs mouchoirs à carreaux, les quatre bouts noués. Ils délinquaient joyeusement, sans nulle crainte d'un képi qu'on ne voyait jamais. Seules les libellules posent encore le petit triangle de leurs ailes bleu électrique sur les aulnes qui poussent de-ci de-là, perpétuant le souvenir étymologique du nom du lieu. C'était aussi le temps des sentiers et des vieux chemins disparus. Il y avait la rue de l'Eau et la rue Micky, respectivement incorporées dans l'avenue Henri Borguet et la rue de la Révision, et aussi la rue Gillet-Martin anéantie par l'extension de l'usine à cuivre et à zinc. Il y avait encore les ruelles du Sart, du Spiroux, du Bateau, la Large Voie et la rue Leduc, toutes perpendiculaires au rivage de la Vesdre qui a, depuis belle lurette, emporté l'ondoyant reflet des berges herbues."

Source : C'est ça, Liège et sa province Autrefois (Facebook, publié le 5 février 2020 à 7h30)

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